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Le Stück, une monnaie locale complémentaire à Strasbourg

Depuis le 3 octobre 2015, Il est possible à Strasbourg de payer avec autre chose que des euros. Une monnaie locale complémentaire, le Stück, a été lancée par l’association éponyme, en partenariat avec la NEF et le Crédit Municipal, et permet aujourd’hui de payer auprès d’environ 220 commerçants à Strasbourg et alentours.

Une monnaie locale complémentaire est une monnaie créée pour une zone géographique limitée, qui fonctionne en complément de la monnaie nationale, pour défendre des principes liés à l’économie sociale et solidaire. Elle n’a pas cours légal et ne peut faire l’objet de spéculation. Son but principal ? Dans le cas du Stück, dynamiser l’économie locale mais aussi favoriser le lien social, encourager une consommation responsable soucieuse de l’environnement et éviter la spéculation. En France, les monnaies locales complémentaires sont légales, en conformité avec l’article L521-2 du Code monétaire et financier et le Stück rejoint d’autres initiatives semblables comme le Sol-Violette à Toulouse, l’Eusko dans le Pays Basque ou la Doume à Clermont-Ferrand.

Si elles se développent considérablement à l’échelle du globe depuis quelques années, ces monnaies ne sont pas un phénomène nouveau. Il en existait déjà dans l’Egypte antique et en Europe pendant le Moyen-Âge. Les monnaies uniques, telles qu’on les connaît aujourd’hui, sont en fait une invention très moderne. Au XXè siècle, c’est déjà lors d’une crise économique, celle de 1929, que les monnaies locales complémentaires ont refait leur apparition. En 1930, Schwanenkirschen est un petit village de Bavière, touché par le chômage et la pauvreté depuis la fermeture de la mine locale. Un ingénieur rachète la mine et, pour la redémarrer, faute de soutien des banques, recourt à une monnaie locale : la Wära. Celle-ci, vite acceptée par les mineurs puis par les commerçants, produit rapidement un effet spectaculaire : le chômage disparaît, les échanges reprennent, le village revit. Devant ce « miracle », d’autre expériences s’ensuivent, par exemple à Wörgl (Autriche, 1932), avec toujours le même résultat : le chômage disparaît, l’économie locale fleurit à nouveau. Hélas, à chaque fois, les autorités gouvernementales font stopper ces expériences, et le chômage revient.

Une exception cependant : le Wir, créé en Suisse en 1934, n’a pas été interdit ; il est toujours utilisé aujourd’hui, par plus de 70 000 PME. Selon l’économiste Bernard Lietaer, le Wir est d’ailleurs l’une des principales raisons de la bonne santé économique helvétique.

On peut distinguer plusieurs types de monnaie locale complémentaire. Le Wir suisse est par exemple une monnaie commerciale qui circule à l’intérieur d’un réseau d’entreprises, leur permettant d’alléger leur trésorerie et de développer un effet réseau. Le Stück est, en revanche, une monnaie éco-citoyenne, initiée et gérée par les citoyens, pour leurs échanges commerciaux au sein d’un réseau local. Ce type de monnaie traduit la volonté de reprendre le pouvoir sur un outil qui nous échappe aujourd’hui, redonnant à la monnaie le sens d’un véritable outil d’échange. Le Stück est conçue pour éviter la spéculation, c’est à dire qu’il est indexé à l’euro et s’échange donc au taux de un pour un : 1 stück = 1 euro. Certaines monnaies locales complémentaires sont également « fondantes », c’est à dire qu’elles perdent de la valeur au cours des mois, mais ce principe d’abord adopté pour le Stück (qui perdait 2 % de sa valeur tous les 9 mois) a finalement été abandonné pour raisons pratiques.

Démocratie locale, lien social, entraide et solidarité, transition écologique… Autant d’objectifs louables qui ont poussés des citoyens à lancer cette expérimentation qui connaît un certain succès et qui continue de se développer.

Petit guide pratique du Stück

Il faut d’abord adhérer à l’association « Le Stück », obligation légale pour pouvoir utiliser la monnaie locale, avant d’aller échanger ses euros contre des Stücks dans un bureau de change (liste : www.lestuck.eu/change/). Vous pourrez ensuite aller payer auprès des commerçants qui ont aussi adhérés à l’association et à sa charte de valeurs. On les reconnaît grâce à un autocollant « En Transition – Ici on paie en Stück ». Un annuaire référence les professionnels du réseau également.

L’équipe UFC Que-Choisir du Bas-Rhin